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Jean-Pierre a 52 ans. Il est chauffeur-livreur chez Elidis Strasbourg et affiche plus de 25 ans d'ancienneté dans l'entreprise. "Et j'ai encore tous mes points sur le permis de conduire" lance t'il fièrement. Ce qui ne l'empêche pas de faire grève, tant son métier s'est dégradé ces dernières années.
Sa journée type se déroule ainsi.
Lever à 5h. 6h30 - prise de service 7h - départ de l'entrepôt au volant d'un camion de 12T avec à son bord la marchandise à livrer sur la journée à une quinzaine de clients. Elidis Strasbourg emploie une vingtaine de chauffeurs qui livrent quotidiennement entre 120 et 300 clients.
Chez Elidis, les livraisons se font sur rendez-vous et c'est au chauffeur à se débrouiller pour arriver à l'heure et à s'organiser pour effectuer sa tournée.
Vers 15h30 il est de retour à l'entrepôt, décharge son camion et trie les retours d'emballages vides. Puis il rentre chez lui.
Vu ainsi, on peut penser que c'est un travail fait de contacts, forcément enrichissants et de voyages, forcément formateurs.
La réalité est moins idyllique.
Chaque jour, un chauffeur-livreur manipule entre 4 et 5 tonnes de marchandises. Conduit un poids-lourd dans des conditions parfois difficiles, entre centres villes souvent engorgés et embouteillages multiples. En raison de l'ardent effort physique à fournir quotidiennement, la majorité des chauffeurs effectuent leur tournée non-stop, sans pause à midi. Ils préfèrent fonctionner sur leur élan, plutôt que de s'accorder une pause qui les casse, comme ils disent.
A cela s'ajoute l'aspect sportif du métier, à savoir la manutention de fûts et de casiers au fond d'une cave, à l'étage ou à l'autre bout d'une rue piétonne. Des emballages pleins à l'aller. 60 kg le fût de 50 litres de bière, 40 kg le fût de 30 et près de 20 kg la caisse de 12 litres de coca. Au retour, tout cela est vide mais pèse encore 10 kg le fût vide et 7kg la caisse de bouteille. Parfois après un long trajet pédestre, comme livrer 2 palettes d'eau minérale (presque 2 T) au premier étage d'un restaurant équipé d'un petit escalier de 8 marches. Résultat de cette livraison: l'équivalent de 3 fois la montée/descente de la cathédrale de Strasbourg (un trajet de 333 marches). Parfois pour trouver porte close, le client ayant oublié d'être présent- ce qui oblige à revenir plus tard, avec les conséquences kilométriques et temporelles qui vont avec - ou pour subir quelques impondérables collatéraux, comme arriver dans un endroit en complet désordre, que le livreur doit d'abord ranger, avant de pouvoir accéder là où il doit déposer/récupérer la marchandise. Et ne parlons pas des clients ronchons ou de ceux qui veulent une partie de leur marchandise à tel endroit et le reste ailleurs.
La convention collective des chauffeurs-livreurs stipule qu'ils doivent livrer la marchandise et la mettre à l'abri du vol et des intempéries. Rien de plus. Cela signifie que l'entreposage dans certains lieux, voire leur rangement s'apparente plus à de réels services supplémentaires qu'à une attribution fonctionnelle. Non payés, précise Jean-Pierre. Lorsqu'il se permet parfois de le faire remarquer, tant la situation est abusive, le client sort généralement son contrat sur lequel cette tâche est précisée. Normal, direz-vous. Certes, sauf que personne n'en a averti le livreur. Alors quand ce genre de chose se répète en addition des multiples autres petits services supplémentaires annotés par des commerciaux prêts à tout pour accrocher leurs prospects, de plus en plus fréquemment aux dires des chauffeurs, on en arrive forcément un jour ou l'autre à une dégradation des conditions de travail.
Selon un représentant de la CGT, les chauffeurs d'Elidis Strasbourg touchent en début de carrière un salaire net de 1 500 EUR, prime de panier incluse. En fin de carrière, ils touchent en moyenne entre 1 800 et 1 844 EUR. Lessivés physiquement à 45 ans, ce n'est donc pas une baguette de pain par jour qui va les retaper. Article en relation avec ce thème.
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