Dans le cadre de l'affaire Fischer/Heineken, nous publions in extenso un courrier que nous a adressé la conseillère générale du canton de Schiltigheim, Andrée Munchenbach. Après la liquidation de Schutzenberger, des menaces pèsent sur l'avenir de Fischer et Heineken/Espérance. Schiltigheim deviendra-t-elle la capitale des friches brassicoles ? La conseillère générale Andrée MUNCHENBACH et le secrétaire du Comité d'Entreprise de Fischer, Lino SCICHILONE CALOGERO font l'état des lieux... La baisse générale de la croissance et de la consommation de bière n’affecte guère le chiffre d’affaires du groupe Heineken. Les chiffres de la productivité et des ventes sont largement positifs. Le chiffre d’affaires est passé de 814 M€ en 1999 à 958 M€ en 2005. Les dividendes versés aux actionnaires ont augmenté de 155% entre 2001 et 2005. De fait le seul chiffre qui baisse chez le groupe hollandais, c’est celui des effectifs, la "charge salariale", qui baissent de 6,6 % entre 2002 et 2005. Alors même que pour le premier semestre 2006 Heineken France annonce une augmentation de 3,4% du bénéfice net*, à Schiltigheim une centaine d’emplois sont actuellement menacés. Sur les deux sites du groupe, chez Fischer route de Bischwiller et chez Heineken - ancienne Brasserie l’Espérance -, rue Saint Charles. Une refonte de l’organisation des deux brasseries schilikoises est mise en œuvre, sous la forme d’un contrat location/gérance. *source : Heineken France A partir de 2007 la société Fischer SA, dont Heineken contrôle 99,6% des actions, louera à Heineken France tous ses biens mobiliers et immobiliers. Les salariés deviendront salariés de Heineken. Démantèlement programmé ? Actuellement Fischer fonctionne comme une entité juridiquement établie, avec une complète autonomie par rapport au groupe Heineken. 325 salariés remplissent toutes les fonctions vitales de l’entreprise : fabrication et mise en bouteille, comptabilité et gestion, recherche, commercialisation, marketing, etc. Et ça marche ! Après la réorganisation prévue, seule la fabrication et la mise en bouteille resteront – dans l’immédiat – localisées sur le site Fischer. Les postes administratifs et commerciaux rejoindront les sites de Rueil Malmaison et de l’Espérance ou seront supprimés. La Brasserie Fischer constituera – dans un premier temps – une sorte d’annexe de Heineken/Espérance dédiée uniquement à la fabrication et la mise en bouteille. La gestion administrative et technique se fera par des responsables en charge des deux sites. Ainsi d’ores et déjà un seul directeur technique se partage entre les deux brasseries. Mais cette situation d’entre deux n’est pas destinée à durer. L’activité maintenue sur Fischer est condamnée, à court terme. Malgré la part active que prend la Brasserie schilikoise dans les résultats du groupe Heineken. Bière qui roule n’amasse pas mousse ! Jusqu’en 2005 c’est à la brasserie Fischer qu’est fabriquée la Desperados, le produit phare du groupe à côté de la bière Heineken. La production de ces deux bières représente 80% de la production schilikoise, sur les deux sites. La Fischergold, l’Amstel, produits sur le site Heineken/l’Espérance, comptent dans les 20% restants. Outre la Despérados, Fischer produit la 33 Export, qui concurrence la Pils de base, et l’Adelscott. Fischer est la seule brasserie qui exporte ses produits : la Despérados, l’Adelscott, la Kriska (additionnée de vodka). Avant une récente stabilisation, c’est la Despérados qui contribuait à la croissance du chiffre d’affaire de Heineken, de 10 à 15%. La concurrence des « Premix », boissons sucrées alcoolisées, lancées par les groupes Ricard, Smirnoff également en quête de marchés, se fait sentir. La mise en boîte et en mini fûts de la Despérados est effectuée chez Karlsberg à Hombourg, en Allemagne. Mais les gros fûts, destinés aux cafetiers sont conditionnés chez Fischer. Jusqu’en 2005… Depuis le milieu de l’année 2005, la Despérados, qui sert également de base pour la fabrication d’autres bières traditionnelles, est brassée sur le site Heineken / l’Espérance, rue Saint Charles. Desesperados… Ce déplacement de production se traduit par la perte de 250 000hl sur les 950 000 que produisait la Brasserie Fischer, soit près du quart de la production. Cette perte de volumes devait être compensée par la fabrication de nouveaux produits, ce qui aurait pu faire de Fischer l’usine des spécialités. Mais le succès d’une bière comme la « Despé », plébiscitée par un public jeune, n’est pas facilement reproductible… En 2005, un plan social concerne 58 personnes : 22 départs à la retraite, les autres personnes ont pu être reclassées, sauf 8 d’entre elles. A ce jour, la Brasserie Fischer conserve l’activité spécifique de conditionnement des petites bouteilles consignées du groupe, à la marque Fischer ou Heineken. Ces bouteilles consignées sont nettoyées sur le site avant d’être remises dans le circuit. Or des bruits circulent quant au départ de la "laveuse" à la fin de l’année. Le personnel des services techniques a en effet été chargé de démonter les machines… Le modèle Kro ? La comparaison avec la politique de Kronenbourg, partie prenante du groupe britannique Scottish and Newcastle, conforte le sentiment d’inquiétude. Un seul site de production Kronenbourg subsistera en France, après la probable prochaine cession de Champigneulles. Alors que Kronenbourg produit environ 6,5 millions d’hectolitres sur le seul site d’Obernai, Heineken dispose de 5 sites en France : Saint Omer, Marseille, Mons et Schiltigheim : Fischer et Espérance. Sur le site de l’Espérance, la salle de brassage atteint ses limites en capacité de production. Fonctionnant à 90% de son taux d’occupation, elle n’offre pas de perspectives de croissance. Au contraire, la brasserie de Mons présente davantage de marges de manœuvre. Elle a bénéficié de travaux et de l’installation d’une nouvelle salle de brassage qui fait passer sa capacité de production de 1,5 Mhl à 2,5 Mhl. La salle de brassage de Mons, après ces travaux, fonctionne à 50% de ses nouvelles capacités… En attendant peut-être que les 700 000 hl encore brassés chez Fischer soient transférés là-bas ? Les salariés ont de bonnes raisons d’être inquiets. Après Mutzig et Adelshoffen, rachetés par Heineken, puis fermés … hopla Fischer ? Andrée MUNCHENBACH, conseillère générale Lino SCICHILONE CALOGERO, secrétaire du Comité d’Entreprise Fischer
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