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Le Schutzenberger, place Kléber à Strasbourg et vaisseau amiral de la brasserie éponyme de Schiltigheim, ouvre ses portes jusqu'à Noël. Une réouverture provisoire pour la durée du marché de Noël, annoncée le 7 décembre dans le quotidien local par Marie-Lorraine Muller. En attendant le lancement d'un (énième) nouveau concept en janvier ou février, la PDG de la société d'exploitation du restaurant et directrice générale de la brasserie vient enfin de prendre une décision concernant ce point de vente envié, tant sa situation en plein centre-ville paraît générateur de chiffre d'affaire exceptionnel aux cafetiers strasbourgeois. Parmi les professionnels de la place, nombreux étaient ceux qui s'étonnaient, à juste titre, du devenir de l'établissement, fermé depuis l'été pour de menus travaux et qui aurait dû rouvrir à la rentrée avec un grand chef en cuisine. Les travaux ont traînés et le chef pressenti a finalement choisit une autre voie, ce qui explique en partie cette ouverture, faite en catimini le samedi 3 décembre, alors que la saison d'hiver est déjà bien entamée. Une saison de Noël qui attire environ 1,5 million de visiteurs dans la région, entre le 15 novembre et le 31 décembre. Les commerçants avisés apprécieront la démarche ! Mieux vaut tard que jamais. Et personne n'est à l'abri d'un couac. Mais pour qui connaît le monde du CHR, le moindre relâchement peut être lourd de conséquences. Un bar-restaurant comme le Schutzenberger, avec une vingtaine de salariés, qui rate son début de saison après plusieurs mois de fermeture, peut-il rattraper un tel retard, refermer, puis rouvrir 1 ou 2 mois plus tard ? Pas sûr, après seulement 4 ans d'existence et un investissement de plusieurs millions de francs à rembourser (jamais publié, mais évalué entre 15 et 22 millions), plusieurs changements de personnel, des rumeurs de toutes sortes sur sa santé commerciale et la personnalité de sa propriétaire. Tout cela ne serait rien moins qu'ordinaire et très banal dans un contexte courant. Car c'est bien connu: les cafetiers sont râleurs par définition, pénibles en tant que clients, jamais contents de leur sort et jaloux de leurs confrères. Pour une fois, tenons pour vraie cette vision très franchouillarde du milieu CHR. Ce qui l'est moins, c'est que dans le cas du Schutzenberger, l'exploitant est aussi le fournisseur et inversement. L'image de marque qui en découle est forcément rattachée à la conduite de l'un vis-à-vis de l'autre. Le moins qu’on puisse dire ici, c’est que l’exemple ne vient pas d’en haut ! En observant ce qui se pratique sur le terrain, il est facile de penser, en toute logique, que la brasserie s'applique à elle-même ce qu'elle applique à ses clients ordinaires. Par exemple, un grand nombre de locataires gérants nous ont fait part de leurs difficultés avec la brasserie: locaux délabrés, la brasserie rechignant à engager des travaux faute de moyens. Installation de tirage défaillante, sanitation aléatoire, bière éventée pas remplacée, tractations à n'en plus finir pour simplement se faire échanger un bouteille de vin bouchonné, animations de points de ventes jamais visibles, etc... Les remarques sont amères : « On se demande si les pénalités ne rapportent pas plus que la bière», « un joint de porte de frigo, ça vaut combien d’après vous ? », « Le gérant : le placage de la table s’écaille. La brasserie : mettez une nappe ! », « Les clients : la bière est plate et a un goût bizarre. La brasserie : quelle chance d’avoir un nez aussi fin! Cette bière est pourtant bonne ». Des petits riens qui, cumulés, provoquent des tempêtes dans un demi et empoisonnent sérieusement les relations commerciales. Mais aussi suffisamment nombreux et récurrents pour se demander si le "Schutz" est soumis au même régime. Si c'est le cas, c'est dramatique. Si ce n'est pas le cas, c'est pire : les pénalités de non respect des objectifs sont plutôt élevées dans les contrats Schutzenberger (30% sur la part invendue). On imagine la facture après 3 mois de fermeture et le financement d'un nouveau concept ! Ils sont pourtant nombreux en Alsace à reconnaître des qualités exceptionnelles aux bières Schutzenberger et à identifier sans difficulté le buveur de bière de Gustave Brion qui figure sur le label Jubilator. Mais ils sont presque aussi nombreux à s'éloigner de la brasserie. Et certains feraient bien de se demander pourquoi ! Il y a urgence.
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