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L'affaire Adelshoffen Convertir en PDF Imprimer Suggérer par mail
12-04-2000
 
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L'affaire Adelshoffen
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19 juillet 2000

Mécontents de l'absence d'André Pecqueur et du directeur d'usine à une réunion du comité d'entreprise prévue le matin, les ouvriers ont séquestré le chef du personnel durant quelques heures. Les grévistes accusent leur direction de "délit d'entrave au fonctionnement du comité d'entreprise".

20 juillet

Le ton est encore monté d'un cran : les grévistes menacent à présent de faire sauter l'usine si la direction n'entame pas de négociations. Après l'échec de la réunion de la veille, la brasserie est sous l'entier contrôle des grévistes. Le directeur, les cadres et une partie de la maîtrise de l'usine ont abandonnés leurs postes. Seul une poignée d'ouvriers assure la surveillance des locaux. Les ateliers sont désespérément vides. Au fond d'une cour, soigneusement abrités derrière un empilement de palettes de bouteilles, les réserves de gaz. Comble de l'humour noir, les citernes sont justes sous les " apollos ", ces citernes verticales servant au stockage de la bière. Quel scoop si un " décollage " se produisait! Plus sérieusement, la menace a portée ses fruits : les médias ont rappliqué dare-dare et au grand complet et les politiques se sont aussitôt ressaisis de l'affaire.

24 juillet

Pour la seconde fois en moins de 8 jours, les salariés en grève ont à nouveau déversé plusieurs milliers d'hectolitres de bière sur la chaussée. Durant près d'une heure ce jet de mousse ininterrompu leur a permit de sensibiliser les passants à leur action. Hormis le sérieux embouteilllage provoqué par cette démonstration, il s'agissait une fois de plus de prouver la mobilisation du personnel face à leur patron Heineken. Un moyen comme un autre de maintenir la pression à la veille de la réunion prévue demain après-midi à la DTE avec André Pecqueur, le Pdg d'Adelshoffen.

27 juillet

A 18H15 André Pecqueur, Pdg de la brasserie Adelshoffen et Thierry Durr secrétaire du comité d'entreprise, signaient le plan social prévu par la loi en cas de cessation d'activité d'une entreprise. Adelshoffen a vécu. Des opérations de nettoyages et de rangements seront encore menées jusque fin août puis ce sera terminé. La Citadelle est tombée.

3 jours, c'est le temps qu'il aura fallut pour sceller définitivement le sort de 96 salariés. 3 journées d'attentes, d'espoirs et de doutes après 8 jours de conflit dur et 5 mois d'expectatives. C'était bien la peine de gesticuler autant devant les caméras, de faire tant de manières et de mystères pour un plan social connu de tous depuis le mois d'avril, alors que les modalités étaient implicitement acceptées bien avant ce 27 juillet. La seule négociation qu'il y aura eu dans cette affaire concernait le maintien du site. En définitive, les débats n'auront portés que sur l'augmentation de la prime de départ pour ceux qui ne pouvaient être reclassés. Elle est passée de 150 000 à 330 000 F en l'espace d'une demi-journée. Peu de choses pour le groupe Heineken qui se targue ce soir là d'avoir sauvé tous les emplois grâce à son plan social.

20 septembre

Hopla ! La brasserie est officiellement fermée depuis le 1er septembre 2000. Le conflit est arrêté. Les compromis sont signés. Et les lettres de licenciements arrivent chez les salariés. En face, le public s'est remis des otages de Jolo et s'apprête à référender sur le septennat. Rien que du prévu et du normal. Normal ? Ouais, pas tant que ça. Du moins pour les 70 ouvriers d'Adel qui attendent toujours de savoir chez qui ils pourront bien travailler une fois leur bas de laine vidé. Car en ce 20 septembre, ceux que l'on croyait depuis longtemps casés ailleurs sont toujours là. Dans l'usine à tourner en rond comme un hamster dans sa cage.

Devant ce constat et pour faire entendre à la population que les promesses de reclassements ne sont pas tenues, les représentants du CE ont à nouveau repris du service devant la presse. Nous avons donc appris ce jour que sur 101 salariés, 9 ont été reclassé en interne (chez Fischer), 2 sont partis en FNE (donc en pré-retraite) et 24 ont pu être reclassé en externe. Sur ces 24, il nous a été précisé par le CE que 16 ont trouvé du travail par eux-mêmes. Enfin 15 autres sont "préssentis", à condition de survivre aux entretiens d'embauches sélectifs, sur la plate-forme de distribution qui doit normalement se construire au Port du Rhin. Et finalement 14 autres cas qui seraient en bonne voie. Mais rien de précis ou de concluant pour le moment. Ce qui fait donc 61 personnes qui n'ont strictement aucune perspective à ce jour. Voire 90 si l'on fait abstraction des hypothèses pré-citées.

La question est donc : "A quoi sert la cellule de reclassement ?" et une autre dans la foulée : "Où sont les embauches promises ?" . Ces deux questions ont été posées par les représentants du CE à Catherine Trautmann. Elle avait en effet assurés les salariés de surveiller spécialement cet aspect de leurs revendications. Par précaution, la promesse d'un politique n'engageant que ceux qui y croient, les salariés remettent donc une nouvelle fois leurs doléances sur la place publique.

Au cours de cette conférence de presse, un avertissement solennel a été prononcé. Au cas où aucune réponse satisfaisante n'est apportée dans les prochains jours par les responsables politiques, les salariés se remobiliseraient sur des actions fortes pour obtenir gain de cause.

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